J'étais en train d'imaginer cette magnifique tigresse et ses petits dans son environnement grâce à tes descriptions et je me suis dit, mais non, elle ne la tuera pas. Ce n'est pas logique. Elle ne chasse pas pour l'argent, elle ne conserve pas son gibier. En revanche, elle hait l'être humain et son rapport problématique a la nature. Ta conclusion est cohérente. Bravo.
Merci. Pour elle, effectivement, l'argent n'a pas de valeur, ce qui a de la valeur, c'est la chasse en elle-même, les plaisirs que ça lui procure de se mesurer à un animal, de devoir réfléchir, prévoir, tenir dans un climat extrême, se pousser à bout (ça reste immoral et je veux pas glorifier la chasse : elle aurait pu être photographe animalière à la place). Par contre, faire disparaitre une espèce, c'est une ligne qu'elle ne franchira pas. Elle a sa logique, qui est celle-ci : les animaux n'ont pas de valeur sacrée en tant qu'individu (c'est à dire qu'elle s'autorise à les tuer "à l'unité"), mais ils ont de la valeur en tant qu'espèce, et il est criminel d'en faire disparaître une. Son but dans l'existence, à partir de maintenant, c'est la protection des tigres.
Ahhh tu réservais donc ça pour le grand final ! :D Okay, là je suis conquis par la chasseuse que j'avais hâte de voir à l'action. Et je ne suis pas du tout déçu je dois dire. La nouvelle est maintenant terminée, ça signifie que je ne vais plus revoir la chasseuse ? Car je voulais la découvrir d'avantage et entendre d'autres de ses répliques bien tranchantes ... On verra bien :)
J'ai adoré tout dans son personnage, ses fêlures, son aplomb, ses réflexions et pensées sur l'homme, la nature et la terre. Sa grandeur d'âme également et l'enveloppe de son cœur gelé. Seulement l'enveloppe.
Merci beaucoup ! Je crois bien que c'est la première fois que j'écris un personnage aussi dur, cynique, hermétique, moralement atypique, et en apparence si insensible. L'autre personnage principal fait un contraste énorme.
J'avais noté qu'elle avait une analyse fine du capitalisme et de ses ravages mais qu'elle ne luttait pas. Pas parce qu'elle s'en contrefiche, mais parce qu'elle est dans une démarche fataliste du monde, qu'elle n'a pas le pouvoir d'influencer la conscience collective de la société entière, qu'elle le sait et qu'elle ne veut pas souffrir plus. C'est un égoïsme de survie pour moi, attachant même. Puis elle puise sa force de vivre dans ces aptitudes exceptionnelles à la chasse, c'est tout ce qui l'intéresse parce que c'est tout ce qui roule pour elle. Voilà un peu comment je l'ai perçue. Et puis, j'adore les personnages trop intelligent pour vivre autrement que dans le cynisme pur.
Voilà, elle a trouvé une forme de rédemption, au tout du moins, de renouvellement de son existence : après avoir tant tué d'animaux, elle se vouera désormais à protéger les plus menacés d'entre eux. Mais pas uniquement. Protéger les tigres, c'est protéger tout le reste, parce que les apex prédateurs sont des clés de voûte de leurs écosystèmes (et c'est bien la seule théorie du ruissellement qui fonctionne). Que les tigres puissent ensuite chasser leurs propres proies, assure un équilibre naturel, une régulation des autres animaux, qui eux-mêmes en tant qu'herbivores régulent le paysage, empêchant la steppe de se transformer en forêt. En agissant sur le seul élément extérieur artificiel (les braconniers), la chasseuse garantit désormais la stabilité du parc tout entier.
Finalement on en arrive à un point où on est soulagé qu'elle tire sur un homme plutôt que sur les tigres... Cette nouvelle m'a beaucoup plu, cynisme et dénonciation des vices de notre société en sont les maîtres mots, et on apprend des tas de choses intéressantes. Merci d'avoir partagé cette histoire, je repasserai lire la suite quand j'en aurai le temps !
Merci beaucoup d'avoir pris le temps de lire, et je suis ravie que ça t'ai plu. Si tu veux, le chapitre suivant (bonus) donne des infos supplémentaires sur mes recherches, les aspects réels de cette histoire, et les thèmes.
Tuer des hommes n'est pas plus moralement défendable que tuer des tigres, mais c'est une forme de réponse qu'elle a trouvé pour redonner du sens à sa vie. Comme si en sauvant les tigres elle retrouvait une place dans le vivant.
Excellente chute ! Je me demandais justement si ce n'était pas l'humain qu'elle était venue chasser, car le russe de tes précédents chapitres avait trop un profil de "gentil" pour vouloir de la peau de Tigre.
Concernant la forme, rien à dire. Un vocabulaire très riche, pas de coquilles. Un bon rythme... enfin moi je suis dedans, ya rien qui m'a choqué. Peut-être des mots un peu compliqués, parfois, des termes scientifiques qui mériterais peut-être une annotation, mais si on est vraiment curieux, à nous d'aller chercher. C'est juste pour chipoter ! J'attaque la 2ème histoire très vite
Merci <3 Arrrrh, je suis très divisée sur les annotations, des fois j'aime en trouver chez les autres, des fois certaines m’agacent un peu, parce que soit j'ai l'impression que c'est superflu (genre "non mais c'est bon, pas besoin de me prendre la main pour tout m'expliquer"), ou alors pire, je me dis que l'explication aurait pu se faire via le texte. Et là c'est un goût perso : je suis un peu une dogmatique de la diégèse (l'univers spatio-temporel du récit) en mode "la diégèse doit se suffire à elle-même". Mais j'accepte d'être... juste une casse-pieds, qui a certainement tort. Par exemple, dans la description de la Kolyma, quand je parle du goulag, j'utilise le mot "zek", et j'ai hésité, sur est-ce que je dois le traduire ? (parce que goulag c'est bon je pense que tout le monde sait ce que c'est, par contre tout le monde ne sait pas que les prisonniers du goulag sont appelés des Zeks) Mais je me suis dit que, dans le contexte du texte, et de la façon dont la phrase est construite, on pouvait comprendre que ce mot désignait les prisonniers. Mais peut-être qu'effectivement, ça ne fonctionne pas tout le temps. N'hésite pas à me pointer les choses que tu trouves obscures :)
Perso je suis assez contre les annotations malgré la complexité du vocabulaire. C'est de la responsabilité du lecteur de chercher ce qu'il ne comprend pas ou de se lancer dans des lectures difficiles. Enfin c'est sans doute un peu vache et snob de ma part de dire ça vu mon niveau d'étude.
Comme dit, je suis partagée. Des fois j'ai l'impression que certains livres mâchent trop le travail et prennent le lecteur pour un simplet en expliquant trop tout, y compris des choses simples... de l'autre, il y a aussi des bouquins qui ont le vice inverse, qui sont absurdement complexes, qui tartinent des notions ultra intello, ou scientifiques, ou de niche, sans donner aucune contextualisation, et j'ai pas non plus envie de lire un bouquin qui semble me prendre de haut. Donc je dirais... que c'est au cas par cas (et comme ça on est bien avancées, lol)
Quelle chute ! Tu dépeint depuis le début une chasseuse froide et sans émotions. Dans les dernières parties la tension montait, j'avais de plus en plus peur de la voir tuer le tigre et ses petits. Et pan ! Wha ! J'ai même hésité à lire jusqu'au bout, car tuer les animaux et les enfants c'est très difficile à supporter pour moi, j'ai eu très peur, j'avais déjà les images en tête. J'ai quand même voulu voir la fin car tu apporte cela avec une poésie cynique qui m'a captivé. J'aime beaucoup ce côté provocateur et délicat à la fois. Tes descriptions sont sublimes, le froid, le blanc, le bruit de la neige, tous mes sens en éveil. Le personnage de la chasseuse fait polémique... moi j'adore. Alors je suis peut-être un peu bizarre, mais j'aime beaucoup les anti-héros, les méchants, ceux qui sortent des clichés (même si j'adore les clichés !). Je n'ai pas encore vu la 2ème histoire, mais dans celle-ci, je ne la trouve pas du tout dénuée d'empathie, au contraire, elle n'a juste pas les mêmes références que les autres. Elle ne rentre pas dans les cases et c'est peut-être ce qui gêne car elle a une vision très particulière du monde, de par son métier, et sûrement de par son passé. Mais c'est justement ce qui m'attire chez elle. La dualité entre son insertion difficile dans la civilisation humaine et son adaptation totale dans la nature sauvage, cette femme me fascine
Merci beaucoup beaucoup pour ce très long message, hyper fourni ! Je ne sais pas trop quoi te répondre, parce que... tu as compris parfaitement ce que je voulais faire passer sur le personnage (et je suis très émue). Je ne pense pas que je dirais d'elle qu'elle soit méchante (malaimable, désagréable, antipathique, insensible, oui), parce que la méchanceté dénote une volonté de faire du mal, et une envie de dominer, de rabaisser l'autre, par exemple via la misogynie, la discrimination, l'exploitation, le harcèlement, les abus... ce qui n'est pas son cas (c'est une misanthrope de gauche, ahaha !) En revanche, ouais, elle a un problème d'adéquation sociale, et ce que j'ai trouvé amusant à écrire, c'est de prendre le contrepied des récits (que j'aime lire, hein, c'est pas une critique) où une personne en décalage souffre de ne pas se sentir à sa place, acceptée, comprise... ben elle, elle en a rien à foutre ! Elle est tout à fait contente de vivre en ermite, la société, ses normes et ses injonctions, elle en voulait pas de toute façon. (bon, ça n'empêche pas la dépression, et des regrets, et sans doute une douleur inavouée d'être si seule... elle manque encore d'équilibre).
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